Massanutten Mountain Trails 100 miles Run

Massanutten Mountain Trails 100 miles Run

par Stéphane Scaglione
Photographies par Kevin Sayers

Il est presque 4h du matin quand j’arrive chez l’ami Pierre qui a gentiment proposé que l’on se rencontre chez lui avec Martin et Alexandre pour covoiturer jusqu’au George Washington National Forest en Virginie où a lieu le Massanutten Mountain 100 miles (MMT100) pour une 22e année consécutive. Au total, nous sommes sept Québécois inscrits à cette course en sentier. Nous rejoindrons Frédéric, Sébastien et Benjamin lorsque nous arriverons au site de la course. Après un petit café, c’est le départ pour notre premier ultra du week-end, car nous avons quand même 11 à 12 heures de route avant d’arriver à destination. Le voyage se déroule bien et nous sommes très efficaces dans nos arrêts. On parle beaucoup de la course à venir, de nos objectifs, de la gestion des “drop bags” que nous pouvons laisser aux organisateurs afin qu’ils soient livrés à des stations d’aides stratégiques durant la course. Nous discutons également de la météo qui prévoit des orages violents le samedi après-midi et une chute de température importante pour la nuit de samedi à dimanche. Pierre et Martin, ayant participé au MMT100 l’année précédente en compagnie de Frédéric que l’on s’apprête à rejoindre plus tard, sont en mesure de nous donner – à Alexandre et moi-même – quelques conseils. On parle aussi un peu de ma cheville qui m’inquiète plus que ce que je laisse savoir à mes compagnons. En effet, la semaine d’avant je me suis fait une entorse de niveau 1 à la cheville gauche et malgré l’absence de douleur elle est toujours un peu enflée. Je la sais fragile, d’autant plus que le parcours est réputé pour être très rocailleux. J’essaie de me convaincre – autant que mes amis – que tant et aussi longtemps que je ne me tourne pas la cheville une seconde fois durant la course, tout ira pour le mieux. Au moins j’ai eu la chance que mon ami Alexandre Beaulieu de la Clinique SantéRX-Chiropratique et Santé Globale ait travaillé sur ma cheville la veille du départ et m’ait fait un bon “taping” de préparation.

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Finalement nous arrivons à destination et nous sommes très contents de retrouver nos compatriotes pour le breffage d’avant course et pour le souper. Une fois les formalités complétées -et après avoir ravagé le buffet – nous nous sommes rendus à l’hôtel pour terminer nos préparatifs et pour essayer de dormir un peu, car le lever se fera à 2 h 30 pour arriver à temps à la course qui débute à 4 h. Peu après notre arrivée dans notre chambre, Sébastien, Benjamin et Frédéric, accompagné de son père, nous font une petite visite afin de jaser un peu plus confortablement et de relaxer en prenant une bière. Encore une fois, le sujet de ma cheville revient sur la table, mais j’apprends que je ne suis pas le seul affecté par une blessure. Sébastien a un problème de bandelette au point où il hésite à prendre le départ de la course sachant qu’il participera à la fameuse du Western State 100 miles à la fin juin, une course importante.

Bref, on ne s’éternise pas trop et on va se coucher. Pour ma part, ce sera la meilleure nuit de sommeil que j’ai eu avant une course. Au lever, je me sens bien et excité de me rendre au départ de la course tant attendue. En nous rendant à notre voiture, je constate avec grand étonnement que le ciel est complètement dégagé : peut-être que la météo nous sera favorable après tout….

Enfin, nous y sommes. La matinée s’annonce très belle, mais il fait relativement froid avant le lever du soleil et tous les coureurs restent sous le chapiteau jusqu’à ce que la course soit lancée. Je pars en mi- peloton de 200 coureurs et prends mon temps pour bien échauffer ma cheville. Les premiers kilomètres se font sur route de gravelle, tout juste avant d’attaquer les sentiers et la première montée. Nous y voilà enfin, dans l’action. On va finalement voir comment la journée se déroulera. Bien que j’essaie de protéger ma cheville, je n’arrête pas de l’accrocher partout dans les roches et les racines qui sont omniprésentes dans le sentier. Malgré tout, je réussis à rejoindre Frédéric avant le premier sommet. Il me demande évidemment comment ma cheville se porte. Pour l’instant, elle semble tenir le coup malgré qu’à quelques occasions j’aie pu ressentie des tensions. C’est dommage, car le reste va super bien et j’ai l’impression que je pourrais avoir une bonne journée. Je prends les devants et continue à travailler fort en montée. Devant, je crois apercevoir John, un coureur de Philadelphie que j’ai rencontré dans le passé et qui a fait une chute importante en course l’an passé se fracturant ainsi la hanche. Je n’arrive toutefois pas à le rejoindre et je le perds de vue à un certain moment.

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Finalement j’arrive au premier ravitaillement important et j’y retrouve Martin et Benjamin – qui courent ensemble depuis le début – et ils m’informent que Pierre, qui était avec eux initialement, a pris de l’avance dans les derniers kilomètres. À mon habitude, je ne m’attarde pas au ravitaillement et reprends le sentier devant mes amis qui me rejoignent peu de temps après. Après une autre belle montée, nous sommes sur la crête des montagnes et nous y sommes pour un bon moment. Nous rejoignons rapidement un groupe parmi lequel se retrouve Pierre. Nous courons ensemble un moment et puis… c’est la chute ! Rien de grave. Ma cheville semble s’en remettre. J’invite mes compagnons à continuer, car j’ai l’impression que tout va bien. En réalité, dès que je me relève, une crampe saisit ma cuisse : LA fameuse crampe du cycliste. Quelques minutes de massage et de points de pression… et hop ! , on repart. Malheureusement, les crampes aux cuisses reviennent durant les montées et s’installent dans les mollets durant les descentes. C’est extrêmement frustrant, car quand je n’ai pas de crampes tout va bien et je peux courir à bon rythme, mais elles reviennent toujours. Ça durera ainsi près de 3 heures. J’ai toutefois réussi à contrôler l’intensité des crampes à la cuisse en serrant un bandana autour de celle-ci pour faire un point de pression. La bonne nouvelle dans tout ça c’est que je n’ai plus de mauvaises sensations à la cheville, comme si mon cerveau bloquait toutes informations venant de cette partie de mon corps.

mountainPhoto par Tim Toogood

Les crampes deviendront moins fréquentes et je rejoins John de Philadelphie. Ensemble, nous courons un bon bout et il me raconte sa mésaventure de l’année précédente. Mésaventure assez incroyable ! En effet, moins d’un an auparavant, il a fait une chute dans un ravin et s’est fracturé la hanche sur une roche. Vraisemblablement, il est maintenant de retour en sentier pour un 100 miles!

Il me dit qu’il a une baisse d’énergie et je continue mon chemin seul. À cet instant les crampes se sont pratiquement dissipées et j’arrive finalement à un ravitaillement où les gentils bénévoles reconnaissent mon accent canadien-français. Ces derniers m’annoncent que deux de mes compatriotes viennent de quitter le ravitaillement et qu’il n`y a que quelques kilomètres de routes à faire avant de rejoindre le prochain ravitaillement. Voilà une nouvelle énergisante d’autant plus que l’épisode des crampes semble être terminé pour de bon. Ça ne m’en prend pas plus pour ouvrir la machine et aller rattraper ces « gars-là » qui s’avèrent être Martin et Benjamin. Ensemble, on jase un peu et je leur explique ce qui m’est arrivé.
Comme ils sont un peu au ralenti, je continue mon chemin, considérant que je suis sur une lancée et que tout va bien maintenant. La météo est exactement comme prévue. Vers 14 h, alors que je suis sur les crêtes, un orage surgit accompagné de forts vents qui persisteront pour le reste de la course. Ayant bien planifié mes « drop bags » j’ai accès à mes vêtements chauds juste avant la tombée de la nuit ce qui me permet également un changement de bas et de souliers. Je passe la majorité de la nuit en solo. Les bénévoles me reconnaissent par mon accent et m’informent qu’il ne reste plus qu’un québécois devant moi avec quelques kilomètres d’avance. À un certain ravitaillement, au milieu de la nuit, alors que le manque de sommeil commence à se faire ressentir, je constate que les bénévoles sont équipés d’une bouteille de bourbon pour les aider à combattre le froid…..et j’ose leur en demander un verre ! L’un d’eux éclate de rire en me disant qu’ils ont arrêté d’en offrir aux coureurs. Ils m’indiquent qu’un seul a pris un verre jusqu’à maintenant…. un autre québécois, bien entendu !

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La nuit avance et le rythme ralentit. Surtout dans les montées qui sont très difficiles. Une, entre autres, où il faut grimper les deux pieds à même un ruisseau.

Finalement, après une longue descente rocailleuse je débouche sur la route où a débuté la course un peu plus de 24 heures auparavant. Sachant la fin toute proche, je laisse tout ce qui me reste dans les derniers kilomètres pour terminer avant le lever du soleil avec un temps de 25 heures 37 minutes pour une 22e position. Sébastien, qui n’a malheureusement pas complété l’épreuve à cause de sa blessure, est là pour me féliciter et s’occuper de moi. Il me donne une bonne soupe et un sac de couchage pour me garder au chaud. Il m’apprend que Pierre a terminé une heure avant et qu’Alexandre a dû abandonner en début de soirée, car il était en hypothermie. Après avoir enfilé des vêtements chauds et m’être reposé un peu, je passe le reste de l’avant-midi avec mes compagnons à attendre l’arrivée de Frédéric, Martin et Benjamin. Ces derniers franchiront finalement la ligne d’arrivée côte à côte après avoir passé toute la course ensemble.

C’est probablement la course qui m’a procuré le plus de satisfaction jusqu’à présent étant donné que j’ai su surmonter mes difficultés et surtout parce que je n’ai jamais lâché prise. Une bonne leçon à emporter dans mon prochain défi qui aura lieu en septembre: Wasatch Front 100, Salt Lake City, Utah.

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Un commentaire

  • Wow!!! So inspiring to read!! Thanks for sharing! Maybe one day… 😉 in the meanwhile I will continue to train and be inspired by people like you!

    Laura 😉

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