17 décembre 2015

Depuis… Je cours des 100 miles

Depuis… Je cours des 100 miles

par Stéphane Scaglione

« la force ne vient pas des capacités physiques mais d’une volonté invincible »
-Ghandi

Juillet 2012, il est 4 h 00 du matin et j’assiste pour la première fois au départ d’un ultramarathon… Wow, c’est fou, quelle ambiance, quelle spectacle! Je suis au Vermont 100 miles endurance run une des plus vielles courses de 100 miles aux États-Unis. J’y suis par curiosité et non en tant que coureur, car je me suis porté volontaire comme « pacer ». À l’occasion de cette course, j’ai été jumelé avec un coureur des Philippines par le comité organisateur. Je dois l’accompagner, le supporter bref, faire tout ce qui est en mon pouvoir lors des derniers 50 km afin qu’il complète ce défi. En fin d’après-midi je me dirige à la station d’aide où je dois rejoindre mon coureur. C’est à ce moment que l’attente commence. Au début, je suis super emballé de voir les coureurs qui arrivent, mais avec le temps qui passe et mon coureur qui n’arrive pas, je commence à me demander qu’est-ce que je fais là. De plus en plus, les coureurs qui arrivent semblent en mauvais état; ampoules aux pieds, échauffement entre les cuisses et même hypothermie avec l’arrivée de la noirceur.

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C’est en les observant que je me suis dit à moi-même « sont complètement malades eux! ».

Peu avant minuit, j’apprends du bénévole en charge que mon coureur s’est perdu et qu’il a abandonné. Par pure coïncidence et au même moment, un coureur de l’état de Washington arrive et demande si un “pacer” est toujours disponible… C’est ma chance ! Je me dis qu’au moins, je ne suis pas venu ici pour rien…qu’enfin je vais pouvoir courir. Au final, pas vraiment. J’ai surtout marché pendant les 10 heures et les 50 kilomètres qui ont suivis. J’ai partagé la trail avec cet inconnu qui a réussi à compléter son défi et j’ai vu de près le découragement, la douleur, la confusion, mais aussi et surtout : la détermination. Une détermination tellement forte qui vous fait continuer à avancer même quand tout ce qui vous entoure vous dit d’arrêter.

Sur le chemin du retour vers la maison, je téléphone à mon épouse Stefanie et lui dis: « ne t’inquiètes pas Stef, jamais je vais essayer ça, ce sont des fous ».

Juillet 2015, il est 4h00 du matin et je prends le départ de ma troisième course de 100 miles, mon premier Vermont 100. Cette journée sera mémorable. Je prends le départ en compagnie de plusieurs coureurs du Québec que j’ai rencontré au cours des dernières années. C’est très motivant de courir avec eux et même si j’entreprends cette course avec des objectifs bien personnels, le fait d’être avec plusieurs québécois ajoute une touche compétitive particulière. Les premiers kilomètres se font sur le plat et avec le soleil qui se lève, on attaque une succession de montées et descentes sur route de gravelle. Comme j’ai passé le printemps à courir les différents sommets du mont St-Hilaire, ma stratégie est de courir les côtes et de me conserver dans les descentes car, avec le temps, ce sont les descentes qui hypothèquent le plus les jambes. Comme je ne ralentis pas lors des montées, je commence à dépasser les gens qui m’entourent. Je me dis que, comme eux, je devrais marcher quelques côtes, mais je me sens bien et je fais confiance à mon entrainement. Plus le temps passe, plus je me dis qu’il faudrait bien que je ralentisse à un moment ou l’autre. Mais ce n’est pas nécessaire car, à mes yeux, la journée se déroule à merveille. Quand j’arrive aux stations d’aide et qu’on me demande comment ça va, je ne me peux me retenir de répondre : « it’s the best day of my life ». Avec le temps et les kilomètres qui déboulent, je réalise que je suis vraiment en avance sur mon objectif de 24h00 et tranquillement un autre objectif se pointe dans ma tête…20h00 ! Quand j’arrive à la station d’aide, où Stefanie qui m’a soutenue toute la journée aux différentes stations m’attend avec Antoine et Jimmy qui se succèderont comme « pacer », je leur déclare ma nouvelle intention et puis après un changement de bas et de souliers c’est reparti.

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Ces derniers 50 kilomètres n’ont pas été de tout repos, surtout avec la météo qui s’en est mêlée en déversant un déluge d’eau glacée et des vents forts. Avec le support de mon équipe, j’ai continué à avancer et j’ai finalement traversé la ligne d’arrivée en 19 h 41.

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Ce qui m’a fait changer d’idée sur cette course ? Ce qui fait que je coure des utltramarathons ?

 

Curiosité, dépassement de soi, soif de l’aventure : assurément ! Mais encore, ce qui compte pour moi, c’est la découverte d’une activité qui est en son principe simple et fondamentale. Courir, manger et boire c’est tout ce qui compte dans un ultra.

 

Après tout, être en forêt, dans les montagnes, près des cours d’eau, parmi les animaux, c’est toujours bien mieux que d’être dans son salon, non ?

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Un commentaire

  • Excellent ! J’aime beaucoup comment tu passes de « ce sont des fous » à, « Je prends le départ de mon 3e 100 miles! »

    Tant qu’on n’a pas couru un 100 miles, on ne peut que croire que ce sont des fous !

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